Les candidatures sont ouvertes pour la Bourse Fatou Sow pour la recherche féministe (2026–2028) en Afrique

Les sociétés africaines contemporaines sont traversées par des transformations profondes et simultanées des rapports sociaux, politiques, économiques et culturels. Accélérées par le rajeunissement démographique, l’urbanisation rapide, la recomposition des structures familiales, la circulation des idées et des personnes, ainsi que par les crises politiques, sécuritaires et environnementales, ces mutations se déploient dans un contexte marqué par la persistance d’inégalités de genre structurelles.

Aussi bien dans les zones rurales que dans les milieux urbains, les femmes continuent d’occuper une place centrale dans la reproduction sociale, économique et symbolique, tout en demeurant largement marginalisées dans l’accès aux ressources, à la reconnaissance, à la parole publique et aux espaces de décision. Qu’il soit domestique, communautaire, agricole, informel, relationnel ou de soin, le travail des femmes reste majoritairement invisibilisé, peu valorisé et rarement reconnu comme une contribution fondamentale à la vie collective et à la stabilité des sociétés.

Face à cette situation, les féminismes africains se sont constitués, depuis plusieurs décennies, comme des champs intellectuels, politiques et militants majeurs. Loin d’être de simples déclinaisons des féminismes occidentaux, ils ont affirmé la nécessité de penser les rapports sociaux de sexe à partir des réalités africaines, des histoires locales, des savoirs endogènes et de l’expérience vécue des femmes. Ces féminismes ont mis en lumière le caractère historiquement construit, politiquement organisé et socialement reproduit des dominations patriarcales, tout en soulignant leur articulation avec d’autres rapports de pouvoir liés à la classe, à l’âge, au territoire, à la religion ou à l’héritage colonial.

C’est dans cette tradition intellectuelle et politique que s’inscrit l’œuvre et le combat de la professeure Fatou Sow, sociologue et figure majeure du féminisme africain contemporain. Chercheuse engagée, Fatou Sow a consacré une part essentielle de son travail à l’analyse critique des rapports sociaux de sexe en Afrique, en articulant rigueur scientifique, engagement féministe et ancrage profond dans les sociétés africaines.

Ses travaux ont contribué de manière décisive à documenter les conditions matérielles d’existence des femmes africaines, à analyser les multiples formes du travail féminin – souvent non rémunéré et non reconnu – et à mettre en évidence le rôle central des femmes dans la reproduction sociale, économique et culturelle. Elle a également interrogé les mécanismes visibles et invisibles du patriarcat, qu’ils soient économiques, symboliques, culturels ou institutionnels, en montrant comment ceux-ci se transforment, se renouvellent et se recomposent dans les contextes contemporains.

L’une des contributions majeures de Fatou Sow réside dans sa capacité à refuser toute approche homogénéisante des femmes africaines. Son œuvre insiste sur la pluralité des expériences féminines, sur la diversité des trajectoires, des contextes et des formes de résistance, et sur la nécessité de produire des analyses situées, attentives aux pratiques quotidiennes, aux langues locales et aux savoirs issus de l’expérience. Elle a ainsi contribué à valoriser les savoirs féminins pratiques, relationnels et symboliques comme de véritables ressources stratégiques pour l’autonomie, la résilience et l’action collective.

Dans cette perspective, la Bourse de recherche féministe Fatou Sow de la Fondation de l’innovation pour la démocratie vise à encourager la production de savoirs qui placent les expériences et besoins des femmes et les relations de genre au centre de l’analyse, tout en invitant les chercheuses à renouveler les approches dans des disciplines variées telles que les lettres, les sciences sociales, les sciences juridiques et politiques, l’économie, la médecine (santé et sexualité), les sciences exactes, l’ingénierie, l’architecture, etc.

La bourse met également l’accent sur les enquêtes de terrain attentives aux vécus et à la parole des femmes. Elle constitue un dispositif de reconnaissance, de protection et d’encouragement destiné à permettre à des jeunes femmes de disposer du temps, des ressources et de l’espace nécessaires pour penser, écrire, documenter et transmettre, dans un esprit fidèle à l’héritage de Fatou Sow et aux exigences d’une démocratie substantive.

L’objectif central est ainsi de permettre à une nouvelle génération d’intellectuels, femmes et hommes, à s’engager à contribuer activement à la construction d’une société fondée sur l’égalité, sur des priorités partagées, où la démocratie se nourrit d’une pluralité de perspectives, de visions et de voix.

OBJECTIF GÉNÉRAL

Il s’agit de promouvoir et soutenir la production de connaissances féministes dans diverses disciplines qui permettent à de chercheuses et chercheurs féministes de constituer un corpus scientifique destiné à l’acquisition de savoirs, à l’enseignement et à la transformation de la société. Les recherches menées devront renouveler l’état des savoirs actuels et être ancrées dans les réalités sociales, économiques, politiques et morale vécues par les femmes.

CONDITIONS DE CANDIDATURE

  • Être femme ;
  • Être féministe (étudiante, doctorante, chercheuse, activiste, impliquées dans la recherche) ;
  • Être âgée de 18 à 35 ans ;
  • Résider en Afrique et dans la diaspora africaine ;
  • Avoir un projet de recherche féministe original, fondé sur un argumentaire solide et pertinent pour l’Afrique et susceptible de donner lieu à des enquêtes de terrain.
DOMAINES D’ÉTUDES

La bourse est ouverte à toutes les disciplines, la seule condition étant une approche féministe, inclusive de la question des femmes et des rapports sociaux de sexe :

Droit : droits des femmes, lois entérinant des discriminations (codes de la famille, du travail, parité, justice reproductive, législations sur tous les aspects de la vie notamment sur les violences contre les femmes, leur accès à la participation au politique et à la prise de décision, leur accès au droit des droits et le droit de les voir respectés. Combien de législations locales adoptés par les pouvoirs et de conventions internationales ont été ratifiées sans être pourtant appliquées.

Lettres & sciences humaines : représentations du genre en littérature, philosophie, art, impact des religions, de la culture et des politiques sur les statuts de femmes, histoires des femmes et critique féministe, modes de résistance etc.

Sciences sociales : la femme africaine n’est pas un sujet de l’ethno-anthropologie, et encore moins à l’époque contemporaine. Elle vit au rythme du monde contemporain et subit toutes les influences : globalisation, montée des fondamentalismes, transformations culturelles majeures, crises politiques, etc.

Économie : notions du travail, production et reproduction,
le travail domestique est un travail ; activités des femmes dans le secteur informel ; elles nourrissent les communautés, assurent la sécurité alimentaire ; care, inégalités structurelles dans l’accès aux ressources matérielles, financières, etc.

Médecine & santé publique : Quelles approches de la santé, de la maladie ? Santé physique, sexuelle et reproductive, santé mentale, violences obstétricales, repenser l’approche médicale de la médecine en fonction des femmes, appréhension du corps des femmes, impact de l’environnement sur la santé des femmes, etc.

Femmes et sciences : accès à l’éducation, à l’éducation scientifique, déconstruire les préjugés des femmes sur les femmes et la science, compétences des femmes réduites à des « savoirs endogènes », etc.

NOTEZ BIEN : Les projets devront s’inscrire dans une perspective féministe et pourront notamment porter sur :

  • Le travail des femmes et les économies du soin
  • Les savoirs féminins et leur transmission
  • Les figures contemporaines du patriarcat
  • Corps, sexualités, normes sociales et violences de genre
  • Transformations de la famille et relations intergénérationnelles
  • Féminismes africains, luttes locales et archives
  • Genre, démocratie, écologie et justice sociale
CRITÈRES DE SÉLECTION

Les candidatures seront sélectionnées selon :

(1) L’engagement personnel dans les luttes féministes et la vocation féministe de la recherche
(2) La rigueur scientifique du projet : construction du sujet ; méthodologie de recherche
(3) La contribution des résultats aux revendications et mobilisations féministes, aux applications dans le domaine professionnel ou autre activité, et à l’élaboration de programmes et de politiques (communautés, académies, service public, etc.)
(4) Faisabilité du projet durant le temps de la bourse
(5) Le projet se prête-t-il a des études de terrain ?

DOSSIER DE CANDIDATURE

Le dossier est composé de :

  • Un résumé comprenant les points essentiels du projet de recherche (300-500 mots).
    Une note conceptuelle expliquant le sens et la portée du projet de recherche (2-3 pages).
  • Une description des méthodes d’enquête envisagées (1 page).
  • Une courte notice biographique sur l’éducation et le parcours.
  • Une note témoignant de son engagement féministe.
  • Une lettre de recommandation (optionnelle).
MONTANT ET DURÉE DE LA BOURSE

Montant : 3000 €
Durée : de 6 á 12 mois maximum (pour que les candidat.e.s aient le temps de mener leur recherche, puis en écrire les résultats ; cela peut être six mois si c’est ce que demande le/la bénéficiaire).
OBLIGATIONS DES BÉNÉFICIAIRES
  • Respecter les principes que sont la liberté et l’éthique de la recherche, la justice de genre (égalité) et la valorisation des connaissances ;
  • Produire un rapport final, un article ou toute autre forme liée à la nature du projet ;
  • Présenter les résultats de la recherche en premier lieu, au cours d’un séminaire ou atelier de la Fondation.
COMITÉ DE SÉLECTION

Il sera composé au maximum de cinq personnes qualifiées et représentantes de disciplines, régions et générations :

  • Chercheuses féministes confirmées
  • Représentantes d’organisations féministes
  • Spécialistes des disciplines liées au projet
  • Un.e membre de la Fondation
CALENDRIER
  • Date de la publication de l’appel : 20 Février 2026
  • Date limite de dépôt des dossiers de candidature : 31 Mars 2026
  • Annonce des résultats de la sélection des candidatures : 10 Avril 2026
  • Contractualisation : après l’annonce des résultats de la sélection des candidatures
  • Date de début des travaux : après la signature du contrat
  • Date de remise des résultats de la recherche : un an après le début des travaux.

 

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